La Piété et Les Lettres selon Saint Joseph de Calasanz

le février 1st, 2010 par cornelius

PIETE ET LETTRES SELON SAINT JOSEPH DE CALASANZ

Saint Joseph de Calasanz a pris comme devise dans ses écoles « la Piété et les Lettres ». Cela est capital dans son enseignement et il en a parlé avec beaucoup d’insistances. Pour mieux comprendre pourquoi cette insistance, il nous est important de partir de l’étymologie des deux mots enfin de mieux les comprendre, et aboutir à une meilleurs compréhension dans leur contexte de l’histoire.

La Piété vient du latin « pietas » qui signifie sentiment du devoir, qui a donné aussi piété, d’après la Théo. La Piété est une affection filiale envers Dieu et envers tout ce qui est tourné vers Dieu. Elle est loin d’être un simple respect scrupuleux des formes religieuses, puisqu’elle est animée par « un élan de tendresse spontané ».

La Lettre et aussi connue sous le nom de la science. Parmi les différentes significations de lettre, on peut retenir, en ce qui nous concerne que lettre est un savoir. Celui qui est lettré possède en lui des lettres, le savoir, la culture. Comme synonyme à la science, elle est donc la connaissance ou le savoir que l’on a d’une chose.

C’est dans cet esprit que Calasanz a pris comme devise Piété et Lettre. La devise était destinée d’abord aux enseignants, puis aux élèves. Calasanz a donné beaucoup d’importance à ces deux dimensions de l’homme. Il se disait qu’un homme pieux et lettré dès les bas âges est une joie et une réussite dans la société. Mais plus encore il place la Piété avant la Lettre pour montrer la primauté de la Piété sur cette dernière. La piété doit venir d’abord parce que l’homme est appelé à vivre dans l’amour de Dieu. Il consacre les numéros 2, 5, 210 de ses constitutions pour parler de ces mots. Nous allons donc procéder à voir en quoi consiste cette Piété et cette Lettre selon l’esprit de Calasanz.

I : PIÉTÉ : Ayant vu la définition de la piété, Calasanz propose une manière propre à lui de pratiquer les exercices de piété dans ses écoles. Les points suivants sont tenus en compte pour bien faire les exercices :

a) La Sainte Crainte de Dieu : Cela implique l’admiration de la grandeur de Dieu. Il disait souvent « sa Divine Majesté.»

b) Christocentrisme : L’accent sur la vie et la passion du Christ était le souci de Calasanz. Les fêtes du Seigneur et les grandes solennités ont été marquées d’une manière spéciale dans les écoles piaristes.

c) Les Sacrements : «Les sacrements de la confession et de la communion (sainte messe) occupent, sans aucun doute la première place parmi tous les moyens naturels et surnaturels de l’éducation calasanctienne. »

d) La Prière Continue : Elle consistait à faire une adoration ininterrompue du Saint Sacrement faite chaque jour pendant les heures de cours par tous les élèves.

e) Dévotions Mariales : Les cours commençaient et finissaient par des invocations à la vierge. Quelques prières mariales sont le chapelet, la couronne de douze étoiles, l’Angelus, « sous l’abri de ta miséricorde. »

f) Le Culte des Saints et de l’ange gardien : Calasanz proposait aux enfants la vie des saints dans les livres à suivre leur exemple dans la piété.

g) L’exercice des Vertus : On insistait beaucoup sur la formation des vertus morales de l’élève à travers des actes de foi, l’examen de conscience, prières.

h) La pratique de la Prière : La prière était considérée par Calasanz comme l’un des moyens les plus efficaces à la portée du maître pour l’éducation, aussi bien intellectuelle que morale.

i) La pratique de la Piété à la maison : Calasanz a inclus dans les Règlements de ses écoles la régulation de la conduite extra scolaire des jeunes même dans le domaine de la piété.

j) Catéchèse estra scolaire, Oratoires et Congrégations : L’oratoire était une réunion préalable à la célébration de l’Eucharistie, les dimanches et jours de fête.

II : LETTRES : Calasanz a toujours insisté qu’une vraie éducation morale et religieuse ne peut pas exister sans une solide éducation intellectuelle, et que la volonté ne peut pas être amenée vers le bien si avant, ou tout au moins en même temps, l’intelligence n’est pas illuminée par la vérité. Son enseignement tenait en compte les points suivants :

a) Le noyeau des matières enseignées : Le mérite de Calasanz se trouve dans l’insistance sur l’enseignement des mathématiques (abaque), assez négligées à l’époque, aussi sur l’enseignement du latin.

b) L’enseignement de la lecture : Le programme se développait en trois périodes différentes : connaissance des sons avec leur graphie et des syllabes ; lire les textes latins ; et lecture suivie des livres en langue vernaculaire.

c) L’enseignement de l’écriture : Dans les écoles piaristes, l’enseignement de l’écriture était peut-être plus important que celui de la lecture, vu la grande utilité pratique de la calligraphie pour certains métiers de l’époque accessibles aux pauvres.

d) L’enseignement de arithmétique (abaque) : Pour permettre aux élèves de pouvoir faire des petits calculs, et permettre aux pauvres gens d’être comptables, compteurs, mécaniciens de l’armée, commerçants…

e) L’enseignement de la doctrine chrétienne : Calasanz avait jugé indispensable un enseignement de la doctrine chrétienne aussi régulier et normal que celui de toutes les autres matières scolaires.

f) L’enseignement du latin (grammaire, humanités) : La connaissance du latin a une valeur plus culturelle à l’époque.

g) L’éducation esthétique : La calligraphie, la rhétorique et la poétique ont eu leur fonction esthétique. Mais cette éducation a été favorisée par le chant et la musique sacrée réformée par Palestrina.

h) L’éducation physique : Calasanz a accordé une grande importance à la bonne santé physique et psychique de ses élèves, et s’est beaucoup occupé de leur hygiène personnelle. Le sport faisait partir de leur programme.

i) L’éducation sociale : Une éducation sociale était nécessaire pour réintégrer les enfants dans la société, leur montrer l’amour et les faire sentir comme tout être.

j) Sciences supérieures : Calasanz a toujours cherché le meilleur pour ses élèves. Il ne s’est pas limité à la simple connaissance des règles et de la méthode didactique des cinq matières élémentaires. Mais il a fondé l’école supérieure de Mathématiques en Florence, et il a côtoyé des grands professeurs de son temps tel que Galilée.

k) L’enseignement de la langue vernaculaire : Il aidait les enfants à lire et écrire leur vernaculaire.

Pour conclure, la devise de Saint Joseph de Calasanz, « Piété et Lettre », n’est pas un fruit du hasard. Il a fait une belle lecture des signes de son temps où tout débat était centrait sur la question de la FOI et RAISON. C’est donc cette synthèse de ces deux qu’il a appliquée dans ses écoles, tout en donnant la priorité à la Foi ou la Piété. Il a voulu que les deux s’harmonisent pour rendre un service réciproque.

Après avoir parcouru le chemin de la Piété et les Lettres selon l’esprit calasanzien, nous pouvons don procéder à une actualisation de ces deux termes dans notre société d’aujourd’hui. Nous voyons que la proposition de St Joseph de Calasanz est aussi valable et utile au moyen âge qu’aujourd’hui. En tant que piaristes du XXIe siècle, nous devons valoriser la Piété et les Lettres dans nos écoles et, si possible, les proposer aux écoles locales où nous nous trouvons. Tout d’abord, l’exemple doit venir de nous avant que les autres puissent puiser leur inspiration. De ce fait, nous devons donner la priorité aux écoles qu’aux paroisses. L’école est notre premier lieu d’évangélisation. La formation de nos religieux doit avoir une place importante dans nos projets. Calasanz a toujours voulu le meilleur pour les enfants et nous devrions aussi donner la meilleure formation à nos religieux et les encourager à faire des études de spécialisation selon nos besoins. Hélas, d’autres congrégations qui viennent après nous sont loin devant nous dans ce domaine. Nos écoles doivent inculquer la morale dans les enfants afin qu’ils quittent avec une transformation intérieure. Nous devons aussi tenir compte des enfants des autres religions qui sont dans nos écoles. L’amour parfait qu’on puisse leur montrer est de respecter leur religion et les aider à grandir dans la morale et leur foi. Cela est important dans notre contexte du Sénégal où nous avons des enfants à majoritaire musulman qui fréquentent nos écoles. Nous pouvons les liberer les vendredi pour pouvoir assister à leurs prières. Les écoles piaristes d’aujourd’hui doivent avoir des infrastructures sportives. Beaucoup d’écoles dans notre société manquent des terrains de football, basketball, handball et autres. Les enfants sont là et ils n’ont pas de moyens d’épanouissement et de loisir. Calasanz avait estimé le sport comme un aspect qui permet à l’enfant d’avoir un équilibre physique et psychique, car « men sana in corpore sano » comme on dit en latin. Nos écoles, surtout ici au Sénégal, doivent prendre au sérieux le problème des langues nationales ou vernaculaires. Ils se peu que beaucoup d’enfants dans nos écoles ne savent pas s’exprimer en français. Alors, la grande tentation est de tout faire en langue. Nous devons faire très attentions parce que nous ne leur rendons pas service en le faisant. Ils doivent apprendre d’autres langues comme le français pour les ouvrir au monde. Nous sommes aujourd’hui dans un monde de mondialisation. Le monde est devenu un village où on peut rencontrer les gens venant des différents horizons. Donc, aidons nos enfants à se préparer à rencontrer d’autres cultures et langues, qu’au lieu de les fermer dans une même culture et langue qui ne les aide pas à grandir. La façon de punir et corriger les enfants dans nos écoles doivent être faite dans l’amour pour ne pas blesser les enfants intérieurement. Il faut souligner d’emblée que la punition corporelles avec les bâtons n’est pas la meilleure. Pour réaliser tous ces points soulignés plus haut, il nous faut des religieux piaristes aptes et compétents dans nos écoles pour superviser et organiser les activités, voire, l’exécution des décisions selon l’esprit de Calasanz. Nous ne devons pas abandonner nos écoles entre les mains de laïcs pour nous réfugier dans les paroisses. Cependant, les paroisses sont aussi importantes comme lieux d’évangélisation d’autant plus que Calasanz l’a souhaité en ce qu’il appelle “Catéchisme Extra-scolaire”. Traduire à notre réalité aujourd’hui, il renvoie aux enseignements que les frères font avant chaque messe des enfants à notre paroisse des Martyrs de l’Ouganda et d’une certaine mesure, la messe des enfants. Bien entendu, il faut féliciter et encourager ces activités, mais, revalorisons notre charisme et exerçons le avec beaucoup d’amour. Faisons tout avec beaucoup d’amour et d’humilité selon l’esprit de notre saint père Joseph de Calasanz pour la plus grande gloire de Dieu et le salut du prochaine (surtout les enfants).

Fr Cornelius Schp.

| Publié dans Charisme

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